Publié par : PBY-Catalina | 26/06/2009

Les neuf vies du Catalina – the cat’s nine lives (3)

La première utilisation guerrière du Catalina ne fut pas américaine mais britannique. La Royal Air Force était composée en 1939-1945 de plusieurs branches, telles que la chasse (le Fighter Command), le bombardement (le Bomber Command) et le Coastal Command – ce qui correspond plus ou moins aux gardes-cotes -. Le Costal Command eut pour rôle de surveiller les cotes, mais également de traquer, bombarder et couler la flotte allemande aussi bien que japonaise.

Au début du conflit, le Coastal Command était équipé d’hydravions quadrimoteurs Short Sunderland.  Bien vite la RAF s’aperçut que leur nombre ne suffirait pas, pour les différentes missions confiées au Coastal command. Aussi ce dernier fit le choix de s’équiper en complément de Catalina, dont les caractéristiques et performances en faisaient entre autre un excellent appareil patrouilleur, considérant son autonomie.

Si jusqu’alors les médias de l’époque avaient surtout donné la part belle aux chasseurs Spitfire et Hurricane ainsi qu’au Fighter Command suite à la Bataille d’Angleterre (juin 1940 à mai 1941), l’épisode du Bismarck changea la donne.

Adolf Hitler ordonna à la marine militaire allemande (la Kriegsmarine) de s’attaquer dès le début de la guerre aux convois en provenance d’Amérique du nord à destination de la Grande-Bretagne, convois qui assurèrent un approvisionnement vital pour les britanniques. Trois cuirassés allemands furent chargés de cette mission : le Scharnhorst, le Gneisenau et le Bismarck.

Cet épisode de la seconde guerre mondiale débute le 19 mai 1941, lorsque le Bismarck quitte son port d’attache, accompagné du croiseur lourd Prinz Eugen et de deux destroyers. Lutjens, l’amiral commandant le Bismarck, fit un certain nombre de choix maladroits. Le cuirassé fut rapidement repéré à la fois par les suédois -qui en informèrent les britanniques- puis par les norvégiens. Scapa Flow, port d’attache de la Home Fleet, en fut rapidement informé. De manière inexplicable, Lutjens fit le choix de s’arrêter temporairement dans le fjord Bergen, zone surveillée par les appareils du Costal Command, ou il fut repéré. Le lendemain, une escadrille de Hudson vint bombarder sans résultats probants le fjord. Débuta alors une des plus grandes batailles navales de la seconde guerre mondiale.

L’amiral Tovey, chef de la Home Fleet, dépêcha plusieurs bâtiments pour bloquer le passage du Bismarck. En dehors des croiseurs et autres destroyers figuraient l’orgueil de la Royal Navy, le Hood, un croiseur de bataille, c’est-à-dire un navire possédant un armement de cuirassé mais avec un blindage plus léger afin de lui donner l’avantage de la vitesse. Vétéran de la première guerre mondiale, le HMS Hood aurait du bénéficier d’un programme de renforcement de son blindage, mais le déclenchement de la guerre reporta cette opération aux calandres grecques. Cela coûta très cher à la Royal Navy, comme on va pouvoir le voir…

Le Hood et le cuirassé Prince of Wales, quant à lui récemment mis en service, furent lancés à la poursuite du Bismarck. L’amiral Holland, commandant le Hood, commit l’erreur de ne pas disposer le Prince of Wales en avant du Hood, en tête de l’attaque. Le Prince of Wales étant mieux blindé, il aurait certainement mieux supporté l’échange de coups de feu qui s’en suivit. Un obus de gros calibre du Bismarck traversa le pont faiblement blindé du Hood et explosa dans la soute à munitions . Le Hood explosa, ne mit que quelques secondes à couler, laissant en tout et pour tout trois survivants, tandis que le Prince of Wales, endommagé, dut rompre le combat.

La nouvelle de la perte du Hood déclencha la fureur des britanniques, dont celle de Churchill en tête , qui lança tous les moyens possibles pour traquer le cuirassé allemand. La force H -dont le but était d’assurer la puissance navale britannique en méditerranée- fut mise à contribution, ainsi que les porte-avions Ark Royal, Victorious, les cuirassés Rodney, Renown, King George V, le croiseur lourd Sheffield, sans compter le Prince of Wales et les deux bâtiments qui avaient participé à la bataille au cours de laquelle le Hood fut perdu, les Norfold et Suffolk. Soit au total huit cuirassés et croiseurs de bataille, deux porte-avions, onze croiseurs, vingt et un destroyers et six sous-marins ! Une véritable armada dont le but n’était autre que de couler le Bismarck et de laver l’affront subit par le Hood.

Un Fairey Swordfish. Lent et vulnérable, cet appareil dépassé remporta cependant son heure de gloire à Tarente, détruisant une bonne partie de la marine de guerre italienne... Opération dont s'insipirèrent les japonais pour un certain 7 décembre 1941.

Un Fairey Swordfish. Lent et vulnérable, cet appareil dépassé remporta cependant son heure de gloire à Tarente, détruisant une bonne partie de la marine de guerre italienne... Opération dont s'inspirèrent les japonais pour un certain 7 décembre 1941.

Tovey lança une attaque sur le Bismarck à l’aide des biplans torpilleurs Fairey Swordfish du porte-avions Victorious. Ceux-ci ne réussirent qu’à atteindre le Bismarck d’une seule et unique torpille en dépit de la volonté des pilotes. Mais le Bismarck était endommagé, car le Prince of Wales au cours du premier engagement avait réussi à toucher une soute de mazout et une chaudière. La seule alternative pour Lutjens était alors de regagner un port français à vitesse réduite, plutôt que de fuir dans l’atlantique en espérant semer ses poursuivants.

Lutjens commit l’erreur de rompre le silence radio et d’annoncer son ralliement à un port français. Par recoupements et probablement par trigonométrie, la Royal Navy repéra grossièrement la position du cuirassé allemand et sollicita la RAF et ses hydravions patrouilleurs, afin que ces derniers localisent la position exacte du navire allemand.

Voici le témoignage du pilote du Catalina qui retrouva le Bismarck.

J’y étais ! Ou comment les Catalina ont poursuivi et repéré le Bismarck.


Les hydravions Catalina de fabrication américaine du Coastal Command de la RAF ont joué un rôle vital dans la poursuite du cuirassé Bismarck. A l’occasion, ces appareils fut victimes de la DCA du bâtiment, comme l’un des pilotes le relate dans l’histoire qui suit.

Le cuirassé Bismarck fut découvert dans les fjords norvégiens par un Spitfire de reconnaissance photo puis attaqué par des bombardiers bimoteurs Hudson. Plus tard, lorsqu’il fut repéré par des navires de la Royal Navy dans l’atlantique nord, un hydravion Sunderland fut témoin du premier engagement entre les forces britanniques et allemandes. Un Catalina prit la relève du Sunderland et continua à le suivre tandis que le cuirassé s’enfuyait en prenant la direction plein sud.

L'emblême du Squadron 209 auquel était rattaché le Catalina qui repéra le Bismarck

L'emblème du Squadron 209 auquel était rattaché le Catalina qui repéra le Bismarck

A partir de ce moment là, les Catalina coopérèrent avec les navires de sa Majesté afin de garder un oeil constant sur le Bismarck. Les hydravions Catalina se partagèrent la mer en secteurs de surveillance, de manière à ce que le Bismarck n’ait aucune chance de s’échapper. Comme le rapporta l’un des pilotes de ces appareils « nous avons balayé les mers sur un énorme secteur, allant d’un nuage à un autre ».

Mais les Catalina ne purent perpétuellement être à l’abri dans les nuages. Ils payèrent même un lourd tribu, les défenses anti-aériennes du Bismarck et la compétence des cannoniers allemands ne les épargnèrent pas. Un hydravion aurait pu quitter le refuge des nuages pour qelques secondes, mais cela eut été suffisant pour que les canons anti-aériens n’entrent en action et ceinturent l’appareil de schrapnels.

Le pilote d’un des Catalina qui fut confronté à la DCA du Bismarck nous raconte son histoire :

Nous avons décollé à 3h30 du marin et nous sommes arrivés dans notre zone de surveillance à 9h45. C’était un matin brumeux avec une visibilité réduite, notre travail était de reprendre le contact visuel avec le Bismarck, qui avait été perdu de vue tôt le dimanche matin. A peu près une heure plus tard, nous avons aperçu une forme foncée dans la brume. Nous volions à basse altitude à ce moment-là. Moi et le second pilote étions assis cote à cote et nous avons vu le cuirassé au même moment. Tout d’abord nous n’en avons pas cru nos yeux. Je crois que nous avons crié au même moment « le voilà ! » ou quelque chose de ce genre.

Il y avait un vent de 40 nœuds et la mer était forte, le Bismarck plantait sa proue en plein dedans, ramenant des paquets sur son pont. Au début nous n’étions pas sûrs que c’était un bâtiment ennemi, nous devions en avoir la certitude, alors nous avons modifié notre route, nous avons grimpé d’environ 1 500 pieds avant de pénétrer dans un nuage et de rester en virage. Nous pensions que nous étions proche de la poupe du navire et lorsque nous sommes sortis du nuage, nous nous sommes retrouvés juste à la verticale du cuirassé.

Un Catalina du Sqdn. 209 en patrouille en 1941. Remarquez la charge de profondeur sous la voilure.

Un Catalina du Sqdn. 209 en patrouille en 1941. Remarquez la charge de profondeur sous la voilure.

Nous avons immédiatement remarqué les bouffées de fumée noire formées par la DCA juste à côté du cockpit accompagnés d’explosions très bruyantes, puis nous avons été cernés par les schrapnels tandis que le cuirassé nous tirait dessus de toutes ses pièces de DCA. Le Bismarck était supposé n’avoir que huit canons anti-aériens, mais les obus venaient de plus de huit directions différentes, en fait le navire ressemblait vu d’en haut à une série d’énormes éclairs. Les explosions n’ont pas cessé de projeter l’appareil ça et là et nous pouvions entendre les éclats des obus atteindre la coque. Heureusement, peu d’entre-eux firent de réels dégâts.

Ma première pensée fut qu’ils réussiraient à nous descendre avant que l’on ait pu envoyer le message stipulant que nous l’avions trouvé. J’ai alors attrapé un bout de papier, rédigé le message et l’ai donné au radio. Au même moment, le second pilote prit les commandes et entama une série de manœuvres évasives. Je dois dire que dès que le Bismarck nous repéra, il en fit de même, en virant à angle droit, prenant du gite.

Lorsque nous avons pu nous échapper de ce feu meurtrier, nous avons réduit les gaz et en avons profité pour nous pencher sur les dommages qu’avait subi l’appareil. Le mécanicien et moi avons inspecté la coque de fond en comble. Il y avait à peu près une demie-douzaine d’impacts que le mécanicien reboucha à l’aide de bouchons de caoutchouc. Nous gardions également un œil sur les jauges de carburant, car si jamais elles se mettaient à descendre trop vite, cela aurait voulu dire que les réservoirs d’essence étaient percés et que nous n’aurions alors que peu de chance de rentrer à bon port. Mais nos craintes se révélèrent infondées, nous sommes retournés poursuivre notre surveillance du Bismarck. Nous avons alors croisé un autre Catalina, qui survolait une zone au nord de la nôtre lorsqu’il intercepta notre message, altérant sa course pour se rapprocher de notre secteur. Sur sa route, cet appareil vit un groupe de navires se dirigeant dans notre direction à toute vapeur. Ces bâtiments faisaient partie de notre flotte pourchassant le cuirassé allemand.

Lorsque nous avons vu ce Catalina, nous nous sommes rapprochés jusqu’à ce que je puisse voir le pilote au travers de la canopée. Il m’indiqua la direction que prenait le Bismarck. Il était venu pour prendre notre relève et cela tombait au bon moment, en raison des impacts dans la coque qui nous imposaient d’amerrir de jour.

Nous avons regagné la base à vingt et une heures trente, après avoir volé un peu plus de dix-huit heures. L’un de nos Catalina a battu au cours de cette opération un nouveau record de vol pour le Coastal Command, ayant effectué vingt-sept heures de vol de reconnaissance.

Laissons le pilote s’exprimer tel qu’en lui-même, cette séquence montre également le premier Catalina aux couleurs britanniques ayant traversé l’atlantique pour rejoindre Felixstowe, son port d’attache. La vidéo peut être vue à cette url : http://www.youtube.com/watch?v=dNqHENNmChU

Épilogue

Le Bismarck repéré, il ne fallut pas longtemps pour que la Royal Navy et son escadre ne bloquent le cuirassé allemand dans une nasse et que la bataille navale s’engage. Ce fut un carnage. Très vite, le Bismarck vit ses systèmes de direction de tir mis hors d’état par une pluie d’obus de fort calibre tirés à la fois par le Rodney, le King George V. Passerelle et tourelles furent détruites les unes après les autres, tandis qu’un incendie s’était déclenché. Le Bismarck finit par couler, si les britanniques affirement que les torpilles lancées contre le cuirassé en sont venues à bout, les allemands eux prétendent qu’ils sabordèrent leur bâtiment. 115 survivants sur un équipage de 1 800 hommes furent repêchés, suite à une fausse alerte d’un navire britannique craignant la présence d’un sous-marin allemand dans les parages.

Antony Angrand.


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