Publié par : PBY-Catalina | 28/07/2009

Sauver des vies – Search and Rescue (2)

Jack Foss, copilote sur un Liberator du Coastal Command de la RAF, continue la narration de la mission qui lui valut le surnom de miraculé. L’appareil est dans une mauvaise posture, il n’y a aucun nuage qui leur permette de s’échapper mais le pire est à venir…

« Soudainement, le mécanicien est arrivé de la soute à bombes, comme le diable sortant d’une boîte. Il dégagea d’une pichenette ma main de la commande des gaz, me hurlant qu’il mettait l’hélice en drapeau du moteur n°2 qui était en feu. Heureusement pour nous, le feu s’éteignit une fois le moteur arrêté. Mais à ce moment là, ce fut le moteur n°3 qui essuya une bonne rafale. Il prit feu et cracha une longue flamme de 10 mètres le long de l’appareil. Ce fut au cours de cette attaque, je crois, que tout le monde fut touché parce qu’obus et balles transpercèrent l’appareil du nez à la queue de l’avion. Ce fut également pendant cette attaque que je fus blessé aux bras et jambes.

Cette jeune demoiselle donne une idée des dimensions du cat's walk (littéralement "le passage du chat") par lequel le mécanicien de bord est passé pour hurler à Jack Foss que l'hélice du moteur n°2 devait être mise en drapeau. Il n'est déjà pas évident de s'y mouvoir alors que l'avion est au sol...

Cette jeune demoiselle donne une idée des dimensions du cat's walk (littéralement "le passage du chat") de la soute à bombes par lequel le mécanicien de bord est passé pour hurler à Jack Foss que l'hélice du moteur n°2 devait être mise en drapeau. Comme on peut le constater, il n'est déjà pas évident de s'y mouvoir alors que l'avion est au sol...

J’allais mettre en drapeau l’hélice du moteur n°3 lorsque je m’aperçus qu’il n’y avait plus de commande à actionner. J’essayais alors d’accéder à l’extincteur à côté de moi et je le trouvais recouvert par des barres de métal tordues,  résultant des impacts d’obus. A partir de ce moment-là, les attaques des Junkers redoublèrent. Comme je me sentais faible, je demandais alors à Thornton de m’aider à pousser ou tirer le manche.

Les commandes devenaient de plus en plus molles, les ailerons étaient hors service, les flammes commençaient à cuire le carburant, la roue du train d’atterrissage principal gauche pendait lamentablement, les flaps ne répondaient plus, deux moteurs étaient coupés et les deux autres commençaient à donner des signes de faiblesse, prêts à rendre l’âme. J’ai alors décidé d’amerrir. J’ai hurlé aux gars « ouvrez l’issue de secours, on va amerrir« . Ça n’était pas évident pour eux de se mouvoir, chacun d’entre-eux était blessé.

Vue du cockpit d'un Liberator prise au fish eye. La surface vitrée y est importante, derrière la tête du pilote, on distingue le moteur n°3 qui prit feu sur l'appareil de Jack Foss, après le n°2. Ne restait alors que les deux moteurs extérieurs pour propulser l'appareil, lesquels commençaient à rendre l'âme...

Vue du cockpit d'un Liberator prise au fish eye. La surface vitrée y est importante, derrière la tête du pilote, on distingue le moteur n°3 qui prit feu sur l'appareil de Jack Foss, après le n°2. Ne restait alors que les deux moteurs extérieurs pour propulser l'appareil, lesquels commençaient à rendre l'âme...

Lorsque les gars furent en place, j’ai entamé un léger piqué puisque nous n’étions à peine à 300 mètres d’altitude. J’ai coupé les gaz, piqué pour atteindre une vitesse d’environ 200 kts avant de redresser juste au niveau des vagues. Ce n’était pas un amerrissage avec du vent. Il fallait que que je dispose l’appareil dans le sens des vagues jusqu’à ce qu’il soit au voisinage de sa vitesse de décrochage. C’est ce que j’ai fait et nous avons impacté l’océan avant qu’une vague ne nous retourne. Je l’ai réussi plus par chance que par réflexion. L’appareil a immédiatement coulé et nous étions dedans. 6 mètres sous l’eau,  dans le noir complet. L’impact terrifiant avait rompu le quadrimoteur et avait bien failli nous tuer par la même occasion. C’était comme si nous avions heurté un mur de briques à 160 km/h. Il n’était même pas question de s’aider les uns les autres, tout simplement parce que l’obscurité était telle qu’il était impossible de voir  qui que ce soit.

J’ai juste expiré et je me suis dit « eh bah voilà, ça y est« .  Nous sommes tous restés sous l’eau pendant près de deux minutes avant que l’un d’entre nous puisse s’extirper de l’épave et remonter à la surface. Personne ne peut imaginer cette sensation horrible, celle d’être coincé dans un appareil sous l’eau et de le sentir lentement couler vers le fond. Mais nous avons réussi à nous en échapper et à remonter à la surface. Lorsque nous l’avons finalement atteinte, il ne manquait que le pilote et Pat. J’ai soudainement vu la lumière du jour et pris une bouffée d’air. Nous avons regardé tout autour de nous et avons alors été consternés de ne voir qu’un seul dinghy. Le reste avait coulé avec l’appareil, à l’exception de celui que nous utilisions et d’un dinghy une place. Celui-ci coula à peine déplié parce qu’il avait été percé par les impacts d’obus et de balles. Ça n’a pas été facile de se tenir à sept dans un dinghy deux places. Nos mae-west avaient été elles aussi touchées par les impacts et ne nous furent d’aucune utilité. Certains ne pouvaient pas nager et leurs blessures rendaient difficiles leur montée à bord du canot gonflable. La mer était démontée. Nous étions malades à la fois à cause de la mer mais également parce que nous avions avalé une énorme quantité d’eau salée.

Un dinghy deux places. C'est sur ce canot gonflable que les 7 membres d'équipage du Liberator, dont Jack Foss, ont tenu place une fois le quadrimoteur au fond de l'océan.

Un dinghy deux places. C'est sur ce canot gonflable que les 7 membres d'équipage du Liberator, dont Jack Foss, ont tenu place une fois le quadrimoteur au fond de l'océan.

Cela ne faisait pas une heure que nous étions dans le dinghy lorsque nous avons aperçu une fumée à l’horizon. Quelqu’un a dit « on n’est pas encore sauvés« . Le radio a commencé à agiter avec frénésie le drapeau télescopique que nous avions trouvé dans le canot. La fumée se rapprocha et nous avons alors pu distinguer la forme d’un vaisseau. Il a modifié sa route en venant vers nous. Nous nous sommes excités en pensant que nous allions être repêchés par un bateau et sauvés de notre expérience à bord du dinghy avec seulement des cubes Horlicks à manger et deux petites canettes d’eau pour nous sept. Tandis que le bateau s’approchait nous l’avons reconnu, un U-Boot de 517 tonnes avec le kiosque modifié, peint en jaune crasseux. Le navigateur nous a donné l’ordre de ne répondre à aucune question et de ne juste dire que « water » [eau] ce que nous avons fait. Le sous-marin s’est approché à une vingtaine de mètres. Nous avons pu voir les allemands de près. Ils étaient rasés et portaient des uniformes. L’un d’entre-eux a alors dit « Vous britanniques. Vous alliés ? ». Nous n’avons pas répondu et juste hurlé « water« . Lorsque le commandant du U-Boot comprit qu’il ne tirerait rien de nous et que nous n’avions pas l’intention de dire quoi que ce soit, il ordonna à ses hommes de poursuivre la route , ce qu’ils firent, avec un cap à l’ouest.

Un U-Boot de 517 tonnes selon la nomenclature britannique. Ce fut un de ces sous-marins qui croisa nos naufragés.

Un U-Boot de 517 tonnes selon la nomenclature britannique. Ce fut un sous-marin similaire à celui-ci dont la route croisa celle du canot gonflable de Jack Foss et de ses camarades, à leur grand dépit.

Ben a alors dit « préféreriez-vous être rapidement faits prisonniers ou plutôt tenter votre chance d’être secourus ? » et tout le monde a répondu « On préférerait être rapidement secourus« . Nous étions très heureux de nous rendre compte qu’aucun d’entre-nous ne souhaitait être fait prisonnier, spécialement à bord d’un U-Boot. Nous remercions également le ciel parce que nous nous attendions tous à être mitraillés à n’importe quel moment et nous étions prêts à plonger aussitôt qu’un allemand se tiendrait derrière un pistolet mitrailleur ou une mitrailleuse. Bien que certains d’entre-nous étaient grièvement blessés et en train de mourir, nous pensions toujours que la vie est douce et étions déterminés à vivre le plus longtemps possible. S’ils nous avaient tiré dessus, je suis sûr et certain qu’ils nous auraient tous tués, même si nous avions plongé sous l’eau. Nous n’aurions pas pu rester indéfiniment sous l’eau et ils nous auraient eu une fois remontés à la surface. Lorsque l’U-Boot se fut en allé, nous avons alors exprimé ce qui nous tenait à cœur : une description assez crue de ce que nous pensions des U-Boot et des allemands en général. Quelque chose qu’il ne convient pas d’écrire. Il y a eu quelques mots choisis, parmi eux, « les fumiers sont partis« .

Traduction et adaptation Antony Angrand.

A suivre…


Responses

  1. Passionnant !
    Je relirai tout ça calmement quand j’ aurais un peu + de temps …

    • Merci ! Tu peux venir hydroplaner ici quand tu le souhaites !
      AA.

  2. Absolument, passionnant !
    Vivement la suite🙂

    Olivier


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