Publié par : PBY-Catalina | 21/09/2009

Sauver des vies – Search and Rescue (3)

Jack Foss, copilote sur un Liberator du Coastal Command de la RAF, continue la narration de la mission qui lui valut le surnom de miraculé. Le Liberator a été englouti par les flots, Foss et ses camarades sont sur un Dinghy, après avoir été abordés par un U-Boot, ils se retrouvent seuls sur l’océan…

Plus tard dans la soirée, nous avons comptabilisé ce que nous avions et ce que nous n’avions pas. Le décompte ne fut pas encourageant. Nous avions seulement deux petites gourdes d’eau, une de jus d’orange, un citron vert et les habituelles tablettes Horlicks accompagnés de chocolat que nous portions dans le cas de mésaventures telles que celle-ci. Comme vous pouvez l’imaginer, ces maigres provisions n’allaient pas faire long feu à nous sept. Et nous ne savions pas si nous allions être secourus ou non. Ben déclara alors « Bon les gars, il n’y a pas grande chance que nous nous fassions repêcher par un bateau aussi loin que nous sommes dans le Golfe de Gascogne« . Notre moral est alors descendu au ras des paquerettes, mais avec quelques plaisanteries nous avons pu nous remotiver, puis panser nos plaies. Nous nous sommes alors préoccupés des blessures de chacun.

Ben avait des blessures partout, beaucoup d’entre-elles avaient été causées par l’amerrissage et les autres par les balles et schrapnels. Jimmy avait des blessures par balles au visage et aux jambes ainsi que dans le dos. Nous avons du l’allonger dans le fond du dinghy car il souffrait terriblement. Puis il y avait Jack, dont une partie de l’une de ses jambes avait été emportée par un obus. « Je suppose que même si nous sommes secourus, une fois de retour je n’échapperai pas à l’amputation« , commenta t-il. Dick quant à lui avait une balle logée entre les épaules, tandis que Mike, Jerry et moi-même étions les plus chanceux. Mike avait seulement un éclat d’obus qui avait terminé sa course dans son genou. Thornton n’avait qu’une égratignure sur un de ses doigts, en ce qui me concerne j’avais une balle dans le poignet et un éclat dans un des genoux. L’officier (Thornton) semblait être un peu distant mais le deuxième jour nous l’avons appelé par son prénom. Quand nous avons fini de nous faire des bandages de fortune avec des morceaux de chemises déchirés et des mouchoirs, nous nous sommes accrochés aux boudins du dinghy afin d’éviter de tomber dans l’eau. Si cela s’était produit pour l’un d’entre-nous, je crois qu’aucun des autres n’aurait pu le faire remonter dans le canot. Nous commencions à ressentir les effets de l’attaque puis de l’amerrissage, ainsi que ceux de la lutte à laquelle nous avions du faire face pour pouvoir nous libérer de la carcasse de l’avion sous l’eau.

 

Carte de la dérive océanique de Jack Foss et de ses équipers

Carte de la dérive de Jack Foss et de ses équipers dans leur dinghy, dont le point de départ (l'amerissage du Liberator) est le plus au sud, à approximativement 300 nautiques des cotes portugaises. Ils ont parcouru près de 982 km dans leur canot pneumatique avant d'être secourus par le HMS Wildgoose.

Cette nuit là la mer se calma quelque peu et nous avons bricolé une voile afin que le dinghy ne se retourne pas. Mais cette nuit fut pour nous un véritable enfer. Le vent nous harcela, nous transperçant comme un couteau. Nous étions trempés jusqu’aux os et il n’y avait aucun moyen de se couvrir ou de se protéger quoi qu’il en soit. Nos blessures nous faisaient horriblement mal car notre circulation sanguine était encore correcte. Tout au long de la nuit, chacun voulait bouger ou mouvoir ses jambes à cause du peu de place qui était offert, entraînant par dessus le marché des crampes. Tout cela en plein milieu de la nuit, avec la mer se déversant par paquets. Nous ne parlions pas beaucoup, juste « Putain de froid » ou encore « Pour l’amour de Dieu, restez en place« , lorsque quelqu’un se mouvait. Aucun d’entre-nous n’a probablement jamais été aussi reconnaissant que lorsque l’aube est apparue. Cela voulait dire que bientôt le soleil brillerait, que le vent cesserait peut-être de souffler et que les possibilités d’être vus par un avion seraient augmentées.
Durant toute cette journée là, nous avons scruté la mer à la recherche de bateaux ou d’avions. Le jour passait et nous nous affaiblissions de plus en plus. Nous nous sommes regardés les uns les autres et nous étions gelés jusqu’à la moelle de nos os. Nous n’avions même pas vu un oiseau ou un bout de filet de pêche. Nous avons alors mangé des tablettes Horlicks, sucé chacun notre tour le citron et nous nous sommes installés du mieux que nous le pouvions pour cette nouvelle nuit. Nous nous demandions si nous pourrions tenir une nouvelle journée, tandis qu’à la fin de la journée alors que nous nous apprétions à perdre espoir, quelqu’un, je crois que ce fut Mike, vit un Sunderland à quelques miles. Chacun d’entre-nous le félicita, puis nous avons alors agité frénétiquement les bras en hurlant. Cela ne servit strictement à rien, le Sunderland ne nous vit même pas. On put alors facilement deviner les pensées de chacun.

Je me mis à penser à ma femme et au petit bébé qu’elle allait avoir. Et aux gens que je connaissais qui n’était pas en bonne santé. Je me demandais ce qu’ils faisaient désormais puisque j’étais certain qu’on les avait forcément mis au courant de ma disparition. Cette pensée me fut plus douloureuse que tout ce que je souffrais dans ce dinghy. Et cette nouvelle nuit fut aussi horrible que la précédente. Nous n’avions pas de nourriture, rien à boire qui nous aurait permis de lutter contre ce froid mordant. Toute cette nuit ne fut jamais qu’un trop long cauchemar et lorsque l’aube arriva, nous avions tellement froid que nous ne sentions plus les douleurs dues à nos blessures. Mais un autre type de douleur se manifesta, celui de nos pieds et jambes continuellement trempés par l’eau de mer qui se déversait sans cesse dans le dinghy. Plier ou déplier nos jambes était devenu une véritable torture. Et nous devions nous mouvoir pour éviter les crampes quasi continuelles dont nous étions désormais victimes.

Toute cette journée là nous avons continué à scruter le ciel à la recherche d’avions, jusqu’à ce que nos yeux ne se ferment. Ce ne fut pas avant six heures du soir que nous avons aperçu un appareil à distance.

Traduction et adaptation Antony Angrand.

 

A suivre…

 


Responses

  1. Un récit poignant et passionant !
    à quand la suite ?

  2. Merci pour votre commentaire. La voici…


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