Publié par : PBY-Catalina | 25/09/2009

Sauver des vies – Search and Rescue (4)

Jack Foss et ses camarades sont toujours dans la même situation désespérée. Et la situation devient de pire en pire sur le vaste océan et dans leur dinghy…

Mais cet avion était encore une fois trop loin pour que nous puissions reconnaître de quel type s’agissait-il. Alors nous avons cette fois-ci laisser passer l’appareil. Nous avons mangé nos tablettes Horlicks complétées de jus d’orange, puis nous nous sommes installés de la meilleure manière possible en prévision de l’horrible nuit qui allait suivre. Cette nuit là la mer fut démontée et ceux qui le purent essayèrent de maintenir le canot dans le sens des flots à l’aide de l’aviron trouvé sous le siège en caoutchouc. Une véritable torture, car il fallait s’asseoir face au vent et aux déferlantes et paquets de mer. Et lorsque la relève prenait le quart, celui qui venait de guider le dinghy pendant quelques temps était presque gelé.

Le lendemain matin, lorsqu’il fit suffisamment jour pour que l’on puisse distinguer quoi que ce soit, on prit soin de chacun d’entre nous. Tout le monde était bleu de froid et il était impossible de mouvoir nos jambes. Les pauvres Jimmy et Jack constatèrent que leurs blessures s’étaient infectées et étaient gangrenées. Cela les rendit à moitié hystériques et nous essayâmes de les calmer, en les rassurant avec des phrases telles que « nous allons être vus aujourd’hui ou demain » en leur donnant un morceau de chocolat sur les rations d’urgence. Je dois dire que dans la situation d’alors, ce carré de chocolat était un cadeau précieux bien plus apprécié que n’importe quel dîner cuisiné par une ménagère. Le seul fait de penser à un repas nous rendait presque fous. Notre moral était si bas à ce moment et nos nerfs tellement à vifs que nous en devînmes agressifs les uns par rapport aux autres. Nous regardions notre voisin avec des yeux noirs en lui disant « fais gaffe à mon pied » ou encore « attention à mon bras« . Je crois que si deux appareils n’étaient pas passés à 3 ou 4 miles de notre position, nous en serions venus aux poings. Ces avions ne nous aperçurent pas évidemment, mais ils eurent au moins l’avantage de nous redonner l’espoir. La plus petite chose que pouvait dire quelqu’un à son voisin devenait alors l’occasion d’une dispute immédiate. Toute cette journée se succédèrent escarmouches les unes après les autres et lorsque la nuit tomba nous étions tous  complètement épuisés, vidés de nos forces.

Le contenu d'une boîte dite "Emergency ration kit" et les fameuses tablettes Horlicks que l'équipage du Liberator eut pour toute nourriture durant leur séjour dans le dinghy.

Le contenu d'une boîte dite "Emergency ration kit" et les fameuses tablettes Horlicks que l'équipage du Liberator eut pour toute nourriture durant leur séjour dans le dinghy.

Cette nuit là fut comme les précédentes, une autre longue séance de torture. Le vent devenait de plus en plus froid car nous avions dérivé vers le nord. Dans un sens cela nous aidait car la probabilité de croiser des bateaux était augmentée. Mais les conditions étaient véritablement intenables en raison du froid atroce. Le vent, couplé avec le fait que nos capacités de résistance s’étaient amoindries, eut un effet drastique sur notre volonté de survivre.

Le lendemain matin, un des gars se mit à trembler. Jack et moi lui avons alors injecté une dose de morphine. Puis Jack essaya de le réchauffer, je crois que c’est la raison pour laquelle notre camarade resta en vie ce jour là. Mais cela voulait également dire que l’état de Jack empirait puisque de son côté il n’avait rien pour se tenir au chaud. Durant l’après-midi de cette journée, la chance fit son apparition. Enfin. Dick vit un hydravion Sunderland et nous agitâmes tous nos bras et mains ainsi que le drapeau du mieux que nous le pûmes. Lorsqu’il nous vit et modifia sa route vers nous, aucun d’entre nous ne put émettre un son. Nous avions tous une grosse boule dans la gorge et nous étions tellement heureux de savoir qu’enfin nous allions être sauvés que nous en pleurions presque. Nous avons essayé de signaler au pilote d’amerrir puisque la mer était correcte, il piqua et nous largua des tablettes Horlicks et de l’eau enserrés dans des Mae-West que nous récupérâmes après avoir pagayé frénétiquement. Lorsque nous récupérâmes l’eau, tout le monde devint à moitié fou. Au lieu de songer à économiser l’eau, nous avons avalé le contenu de cannette sur cannette jusqu’à ce que la douzaine d’entre-elles que nous possédions ne soit vidée. Juste après avoir largué l’eau, le Sunderland prit le cap retour car il ne devait plus avoir assez de carburant. Puis, la nuit, des Catalina vinrent avec des phares de recherche pour garder contact avec nous. Mais nous n’avions rien pour leur signaler notre présence en retour, et une des bouées éclairantes qu’ils larguèrent tomba juste à côté de nous. La flamme qu’elle dégageait était d’une hauteur de 1,80 mètres et nous dûmes nous en éloigner pour éviter de mettre feu au dinghy. Bien que les phares des hydravions nous illuminèrent plusieurs fois de suite, les équipages ne nous virent pas et peu avant minuit, les hydravions retournèrent d’où ils venaient.

Un hydravion Short Sunderland tel que celui qui survola Jack Foss et ses camarades, larguant eau et rations de survie enserrées dans des mae west.

Un hydravion Short Sunderland tel que celui qui survola Jack Foss et ses camarades, larguant eau et rations de survie enserrées dans des mae west.

Le jour suivant, l’aube ne sembla jamais se lever tandis que nous étions tous pressés de voir un appareil nous survoler, pour nous montrer qu’ils gardaient contact avec nous. Bien que nous gardâmes nos yeux écarquillés tout au long de la journée pour observer le ciel, nous ne vîmes aucun appareil et ce ne fut pas avant la fin de l’après-midi que tout espoir d’en revoir fut abandonné. Nous nous résignâmes à notre sort. Tard dans la journée nous essayâmes de pêcher à l’aide d’une épingle à cheveux et un bout de ficelle. Nous avions acheté les épingles à cheveux pour nos femmes à Gibraltar et nous servions de chewing-gum comme appât. Puis un morceau de chiffon fut disposé au bout et le poisson vint à la surface mais ne mordit jamais à l’hameçon. Si nous avions attrapé un poisson, il n’aurait pas été frit. A ce moment là, nous avions tellement faim que nous l’aurions avalé cru avec une délectation certaine. Quoi qu’il en soit il n’y avait aucune poêle dans le canot pour frire le poisson.

Après avoir abandonné nos tentatives de pêche, nous essayâmes alors d’assommer les mouettes qui volaient tout autour de nous, pleinement déterminés à les manger crues et à sucer leur sang. Il y en avait à peu près une douzaine, qui ne cessait de crier et de plonger vers le canot. On les attira du bout des doigts en les appelant « viens plus près ma jolie« , mais elles étaient bien trop rapides pour pouvoir être touchées d’un coup d’aviron et une fois de plus nous restâmes affamés, ne pouvant avaler qu’une seule et unique tablette Horlicks ce jour là. Tandis que la nuit vint, la soif se manifesta et fut combattue par tous les moyens possibles. Mais nous avons fini par boire de l’eau de mer comme de l’eau potable. Lorsque le premier d’entre nous se mit à en boire, on lui demanda en choeur d’arrêter immédiatement. « Tu vas devenir fou« . Il continua à boire et tout le monde se mit à l’imiter, ne pouvant plus endurer la soif intense qui nous travaillait. Je crois en fait que ce fut l’une des principales raisons qui accéléra sa mort, car juste aux alentours de minuit il décéda. Nous l’avons dévêtu, avons gardé ses effets personnels. Puis nous avons confié sa dépouille à l’océan. Jack prononça une petite prière pour lui, les autres se tinrent les yeux fermés et les mains jointes. Tôt le lendemain matin, Dick mourrut et la même cérémonie fut répétée. Je crois que ces deux prières furent les plus sincères que je n’ai jamais entendues, chaque mot étant considéré et lourd de sens, venant du plus profond de nos cœurs.

Traduction et adaptation Antony Angrand.

A suivre…


Responses

  1. la suite, la suite !

    • Elle arrive… juré !

      • Merci d’avance !

  2. Le radeau de secours n’aurait quand même pas chaviré ?

  3. Nan, il n’a pas chaviré. Mais la situation va s’aggraver. Patience, patience…

    • toujours rien à l’horizon😉

      • ????

  4. toujours rien ?

    • Snniffff !

    • Après une longue absence (travail, projets, travail, projets, travail, etc.) on déjauge pour reprendre les aventures. Keep on track then !

  5. dommage


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