Publié par : PBY-Catalina | 19/10/2010

La Bataille de l’Atlantique (2)

Au début de la seconde guerre mondiale, Le Coastal Command ne bénéficie que d’un équipement réduit. La moitié de sa force est constituée d’Avro Anson, il n’y a en tout et pour tout que trois escadrilles d’appareils modernes, Short Sunderland et Lockheed Hudson, capables de remplir la mission de surveillance des côtes. Le Maréchal de l’Air Sir Frederick Bowhill voit la pression s’accentuer sur son corps d’armée dès la crise de Munich : le ministère de l’air, Sir Charles Portal, pressent une guerre longue et douloureuse dans laquelle le Coastal Command devra disposer de moyens appropriés. Seulement, comme nous l’avons vu précédemment, le corps des bombardiers et la chasse monopolisent les crédits et les chaînes de production…

Le maréchal de l'air Sir Frederick Bowhill, qui essuya les plâtres du Coastal Command au début du conflit. Tenace, déterminé, il fut à la base du développement du corps aérien qui assura en grande partie la survie de la Grande-Bretagne face aux sous-marins de Doenitz

La solution va venir d’abord des pays du Commonwealth, notamment l’Australie qui envoie une escadrille de Sunderland en décembre 1939. Mais cela ne suffit guère à élever le corps au statut opérationnel voulu par Portal : des escadrilles capables de voler 24 heures sur 24, pouvant assurer la couverture et la surveillance des eaux des îles britanniques. Puisque le  Bomber Command ne peut et ne veut donner des appareils, sur ordre du ministère de l’air, des escadrilles de Blenheim, quatre, sont prêtées au Coastal Command entre février et juin 1940. Toujours insuffisant, d’autant que juin 1940 signe la défaite française et que c’est désormais la Grande-Bretagne qui est directement visée… Et les convois qui circulent tout autour de l’Angleterre en priorité. Lesquels transportent armes et munitions, matières premières nécessaires à l’effort de guerre. Des Fairey Battle de l’escadrille 98 sont envoyés en renfort en attendant d’obtenir un effectif théorique supplémentaire de quinze escadrilles pour juin 1941. 281 appareils sont quotidiennement disponibles pour les opérations, soit le minimum vital exigible selon les savants calculs effectués par les stratèges du ministère de l’air. Ce n’est qu’un début, car le théâtre d’opérations croissant, les effectifs théoriques requis seront de plus en plus élevés. Avant guerre on estime ainsi à 281 appareils le minimum vital, en juillet 1941 il est porté à 612 mais ça ne suffit pas, car les estimations démontrent qu’avant la fin du conflit il en faudra plus de 800, avec des rôles aussi divers que variés : patrouille, patrouille à très long rayon d’action, reconnaissance, surveillance, lutte anti sous-marine, avions d’attaque, d’entraînement, de liaison…

Les équipages de Fairey Battle de l'AASF (Advanced Air Striking Force, force de frappe d'avant-garde) de la RAF en France, en mai et juin 1940, furent littéralement décimés. Le 11 mai 1940, lorsqu'ils attaquèrent les ponts sur le Canal Albert aux mains des allemands, 17 Battle furent perdus en une seule et unique journée... L'appareil vu ici est au couleurs des escadrilles d'entraînement canadiennes, jaune rayé de noir.

Couvrir les ports et routes de Mer du Nord

Pour le ministère de l’air avait-il estimé le total d’appareils nécessaires à 281 avant-guerre ? Dans le but d’assurer la protection des eaux nationales, mais cette estimation était totalement erronée et ne basait que dans le cas d’un conflit avec l’Allemagne ou la Grande-Bretagne serait seule face à son adversaire… et ne concernaient en (très) grande partie que la flotte de surface. Les stratèges n’étaient pas allés chercher trop loin, ces 281 appareils devaient essentiellement assurer la couverture des ports et routes de navigation vers la Mer du Nord. Malheureusement pour le Royaume-Uni, cette brillante théorie ne tenait pas compte du jeu des alliances internationales, c’est-à-dire de l’alliance avec la France, comme celle de l’Italie avec l’Allemagne. Et quelques mois après le début des hostilités, plus précisément en juin 1940, les données avaient complètement changé.

La Pallice, avec les abris conçus pour abriter les sous-marins de Doenitz, lesquels inquiétèrent Churchill au point qu'il devait dire après-guerre "la seule véritable peur que j'ai eue fut celle de la menace des sous-marins allemands"

Les Pays-Bas, la Belgique et la France avaient déposé les armes, sans parler de la Norvège et du Danemark. Une gigantesque étendue côtière, s’étalant du Golfe de Gascogne jusqu’au Cap Nord, était entre les mains des Allemands. Pire, l’Italie menaçait d’entrer en guerre aux côtés des nazis, tandis que le ministère de l’air se rendait désormais compte que la Mer d’Irlande, la zone des Féroés, sans parler de la zone d’approche occidentale (précisément ce que l’on appelle les « Western Approaches », autrement dit et grossièrement le front océanique Ouest de la Grande-Bretagne) avaient elles aussi besoin d’être patrouillées. Doenitz, avec la défaite française, s’était emparé des ports de Brest, Lorient et La Pallice qui allaient constituer les bases de ses sous-marins, ce qui augmentait ainsi leur rayon d’action et exposait directement non seulement le trafic maritime britannique mais aussi et surtout le ravitaillement même du Royaume-Uni. Jusqu’alors, les sous-marins allemands avaient été obligés de se contenter de passer par le Nord pour aller chasser dans la mer d’Irlande et au large de l’Irlande. Avec la défaite française, c’est tout l’océan atlantique qui devient ainsi leur terrain de chasse…

Mais il faut un peu de temps pour que Doenitz ne construise les énormes abris de ses sous-marins -encore visibles aujourd’hui dans les différents ports cités ci-dessus- ce qui permet au Coastal Command de chercher par tous les moyens possibles à se procurer des appareils supplémentaires, car ce qui prime dès la défaite française, c’est la défense du sol britannique. Étant donné que l’invasion de la Grande-Bretagne se fera majoritairement par la Manche, il est essentiel que les péniches, navires, cuirassés soient coulés ou mis hors d’état de nuire avant d’avoir atteint les côtes anglaises. En dehors des Sunderland, Hudson et Anson précédemment cités, le Coastal Command est également équipé de biplans vénérables. Des Vickers Vildebeest, des Supermarine Stranraer qui seront rapidement envoyés à la casse une fois le danger d’invasion passé, considérés comme totalement obsolètes. Le Blenheim se révèle totalement inapproprié -autonomie trop faible et charge de bombes trop légère-, le Blackburn Botha est également testé (l’appareil était issu d’un appel d’offres datant d’avant-guerre et spécifique au Coastal Command) mais c’est un appareil raté qui est incapable de remplir le rôle que l’on espère lui confier -la reconnaissance-. Seul un appareil est retenu dans le lot proposé, le Bristol Beaufort, qui se révélera relativement bon en qualité de torpilleur. Une fois la Bataille d’Angleterre gagnée et l’invasion considérée comme étant écartée, la menace réelle est désormais celle des sous-marins.

Le Blackburn Botha, un avion raté dont la carrière fut jalonnée de problèmes endémiques, conçu à la base au bénéfice du Coastal Command, lequel n'en équipa aucune escadrille du fait de ses performances médiocres.

Pas de moyens de détection et peu d’avions

Seulement, du fait de la réduction des crédits et de la monopolisation de la production et de la recherche au bénéfice des autres corps d’armée de la RAF, il n’existe pas de moyens de lutte anti sous-marine. Cette carence est soulignée du sang des marins du porte-avions HMS Courageous, qui a été coulé dans les eaux de Scapa-Flow, le Lorient britannique. Prien, le capitaine du U-47, est parvenu à s’approcher sans être détecté et a tiré ses torpilles avec la certitude de toucher sa cible. Du 1er au 18 septembre 1939, ce ne sont pas moins de 6 bâtiments alliés qui sont coulés par des U-Boot, le manque d’avions ne facilite en rien le repérage des sous-marins. Pire, la Royal Navy ne dispose pas de navires d’escorte en quantités suffisantes, les rares qu’elle possède n’ont pas l’autonomie requise. Côté Coastal Command, ce qu’il faut ce sont des avions à grand rayon d’action équipés d’un radar approprié, permettant de longues patrouilles océaniques et le repérage des sous-marins. Heureusement, si les moyens manquent au début du conflit, la Royal Navy et le Coastal Command travaillent main dans la main. La Bataille d’Angleterre est à peine terminée qu’un officier de liaison, le Captain Peyton-Ward, s’acharne à localiser les mouvements des sous-marins et à avertir Bowhill et toute son équipe. A défaut de pouvoir s’attaquer avec efficacité aux submersibles allemands, le Coastal Command sait au moins ce que représente cette menace et dresse un plan d’équipement et d’intervention adapté. Il va falloir rattraper les erreurs d’avant-guerre et cela ne va pas se faire sans pertes, aussi bien pour la Royal Navy, la marine marchande que la Grande-Bretagne. Quant au Coastal Command, les équipages sont dès lors soumis à de nombreuses heures de vol au-dessus d’océans et de mers hostiles, avec de faibles perspectives de s’en sortir si leur appareil est abattu…

Antony Angrand.


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