Publié par : PBY-Catalina | 22/10/2010

La Bataille de l’Atlantique (5)

Avant de poursuivre notre histoire de la lutte anti sous-marine pendant la seconde guerre mondiale et la course à la technologie qui y fut liée, nous allons faire deux détours sur ce que l’on pourrait appeler le facteur humain. Honneur aux vaincus, à savoir les sous-mariniers pour commencer. Plusieurs pilotes ou membres d’équipage se sont fréquemment demandé au cours de leurs vols ou après leurs vols quelles étaient les sensations que l’on pouvait éprouver dans un environnement aussi confiné que celui d’un sous-marin comme ceux qui équipaient la Kriegsmarine de Doenitz. Rares furent les aviateurs qui eurent la chance de constater de visu ce qu’il en était, à l’exception du Wing Commander (lieutenant-colonel) J. Romanes, qui fut basé à Cornwall dans une des escadrilles du Coastal Command et qui eut l’occasion de visiter un sous-marin de la Royal Navy. Quelques détails diffèrent des sous-marins allemands (la présence de hamacs notamment) mais beaucoup de points sont communs. Voici son témoignage.

« Ce qui est probablement le plus dur à supporter c’est le manque d’espace pour vivre et respirer. Le sous-marin fait environ 60 m de long, avec un diamètre intérieur maximal de 4,5 m et sa coque étanche est de section presque circulaire. La moitié de l’espace à bord est occupé par deux grosses batteries, six réservoirs principaux de ballast, deux réservoirs servant aux plongées rapides et quantité d’autres réservoirs pour l’équilibrage, l’eau potable, le carburant. Un tiers de l’espace restant est occupé par les moteurs Diesel et électriques. Un quart de l’espace restant par la chambre des torpilles et les accessoires qui y sont liés. Cela ne laisse au final que bien peu d’espace dans lequel sont logés la passerelle, les quartiers des officiers, ceux des équipages, ceux des maîtres et les sanitaires. L’espace au-dessus de la tête est restreint par quantité de tuyauteries qui vont jusqu’aux réservoirs de ballast avec des conduites d’air haute et basse pression, les valves qui vont avec, lesquelles fonctionnent par énergie hydraulique ou sont fermées ou ouvertes à la main. Sans parler de l’équipement complémentaire, fils électriques et quantité d’autres systèmes.

Un sous-marinier dans son environnement confiné, avec quantité de vannes et commandes au-dessus de sa tête. La barbe n'est pas une coquetterie, se laver ou se raser sur un U-Boot était, comme sur les sous-marins alliés, un privilège.

La passerelle comprend la cabine radio, l’asdic, l’hydrophone, les barres du bâtiment ainsi que dix hommes formant la veille. Juste à côté, les quartiers ou vivent et dorment les quatre officiers sont de dimensions plus que réduites.  2,50 x 1,80 m environ, tandis que 20 hommes d’équipage dorment dans un espace de 10 m de long par 3 de large. Leurs hamacs semblent remplir tout l’espace disponible et traverser ce compartiment est un jeu digne d’un acrobate. Surtout si l’on tient compte du fait que le sous-marin est toujours en mouvement. Il tangue, plonge, fait surface… Il n’est pas rare lorsqu’un officier dort dans sa couchette d’être projeté en-dehors et de finir sur le plancher. De plus, ce même plancher et le pont sont maculés de mazout à tel point que même par mer calme, il est difficile de rester sur ses jambes.

Une torpille est maniée entre les couchettes de l'équipage sur un U-Boot. Comme on peut le voir, l'espace restreint ne facilite guère les manoeuvres.

En principe, le sous-marin reste immergé toute la durée du jour, ce qui veut dire environ 16 heures, de six heures du matin jusqu’à dix heures du soir. Pendant ce temps là, l’équipage de 40 hommes utilise jusqu’à la dernière goulée d’oxygène de l’air pris au piège dans la coque étanche. Il ne faut que peu de temps avant que les effets de la privation d’oxygène se manifestent. Il devient de plus en plus difficile de se mouvoir et la lecture d’un livre se complique amplement. On se retrouve à lire et relire plusieurs fois de suite la même ligne, la même phrase. Les effets sont similaires en tous points à ceux d’un vol effectué à haute altitude sans l’apport d’un masque à oxygène. Pour éviter de polluer l’air plus qu’il ne l’est déjà, fumer et cuisiner sont interdits. Les toilettes ne sont utilisées qu’avec parcimonie, car la chasse d’eau utilise de l’air sous pression, et lorsqu’elle est déclenchée, une bulle remonte à la surface laquelle peut être vue.

Les toilettes d'un sous-marin et leur environnement de tuyauteries haute et basse pression. Il fallait faire attention en actionnant la chasse et suivre une procédure déterminée, sans quoi le marin risquait de se retrouver aspergé du contenu reposant dans la cuvette.

Les odeurs sont impossibles à empêcher. L’équipage, les moteurs, le mazout et les batteries apportent chacun leur contribution. Lorsque le sous-marin fait surface, l’air frais prend alors alors un goût horrible comme de reste la première cigarette qui vous dégoûte. De plus, lorsque le navire est immergé, une poudre est pulvérisée au sol pour absorber une certaine partie du dioxyde de carbone, mais elle ne réussit qu’à faire tousser violemment les marins. La buée se condense sur les parois du sous-marin et après quelques jours en mer, des gouttes d’eau tombent partout dans le bâtiment, ce qui est aussi énervant que pénible, car toutes les couvertures de chaque couchette sont alors trempées ».

Antony Angrand.

"Quelqu'un a parlé, ... ne parlez pas des mouvements des bateaux ... ne parlez pas de la production de guerre, taisez-vous !". Ce genre d'affiche fut placardée dans les ports civils et militaires par crainte des U-Boot et des informateurs potentiels. Au moins quatre ou cinq marins ou citoyens britanniques furent condamnés à la pendaison pour avoir indiqué le départ d'un convoi ou d'un groupe de bâtiments à un espion agissant pour le compte des Allemands.


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