Publié par : PBY-Catalina | 23/10/2010

La Bataille de l’Atlantique (6)

Avant de nous porter sur le témoignage d’un pilote du Coastal Command, voici un petit résumé de la situation tactique à l’été 1940, qui vous permettra de comprendre quels étaient les objectifs côté allemand de la Bataille de l’Atlantique et de prendre connaissance de certaines données et statistiques.

Lorsque la guerre éclata en Europe, la Kriegsmarine avait pour plan d’appliquer les mêmes tactiques qui avaient été employées contre elle et l’Allemagne au cours de la première guerre mondiale. En 1914-1918, les alliés et notamment les Britanniques étaient parvenus à dresser un blocus dont les conséquences sur la populace allemande -et par effet ricochet sur les prisonniers de guerre détenus en Allemagne- furent terribles. Doenitz, ancien sous-marinier qui avait participé à la première guerre mondiale, avait développé et perfectionné l’arme sous-marine dans les années qui précédèrent le deuxième conflit mondial. Dès septembre 1939, dans un premier temps, Français et Britanniques tentèrent de restreindre le trafic maritime à destination de l’Allemagne en minant les voies stratégiques et les côtes de Norvège, autrement dit la route de l’acier à destination du bassin industriel de la Rhur (1)

Les Allemands répondent en déployant leur flotte de sous-marins. En septembre 1939, à l’exception de deux bâtiments dans l’Atlantique, la marine allemande devait se contenter d’opérer à quelques centaines de kilomètres des côtes britanniques, dans la une zone  des « approches occidentales ». La mer du Nord et la Manche était approximativement les limites d’opération des U-Boot. Le gros des bâtiments alliés visés était ainsi dans ces zones maritimes.

Karl Doenitz ou l'architecte de la flotte sous-marine allemande, qui fut à la base de la perte de quantité de navires de la marine marchande alliée. Vétéran de la première guerre mondiale, il avait servi sur un des premiers sous-marins allemands avant d'être fait prisonnier.

Avec invasion allemande de la Norvège et plus tard de la France en juillet 1940, la nature de la guerre sous-marine dans l’Atlantique changea du tout au tout. En juillet 1940 la première base d’U-Boot à Lorient, en France, devint opérationnelle. La route des sous-marins allemands jusqu’à leur zone de patrouille fut immédiatement réduite de quelques 750 km. Un plus grand nombre d’U-Boot pouvaient ainsi patrouiller pendant de plus longues périodes et chasser les cargos à destination de la Grande-Bretagne ou à destination des États-Unis. 25 sous-marins allemands avaient été perdus depuis le début de la guerre, mais Doenitz avait accru leur production. Et en dépit des pertes, 51 d’entre eux étaient désormais en service. Juillet 1940 signa le réel début de la Bataille d’Angleterre (qui commença en fait en juin 1940 dès la France défaite). La RAF parvint à juguler la menace d’invasion et l’obstination des pilotes paya, mais, tapie dans l’ombre, une autre menace guettait le Royaume-Uni.

Au cours des premiers mois de guerre, les U-Boot furent déployés dans la Manche et la mer du Nord. Bien que limités en termes de rayon d'action, ces bâtiments représentaient déjà une menace pour quantité de cargos alliés, tel celui-ci, touché par une torpille. La capture des ports de Lorient, Brest et La Pallice donna 750 km d'autonomie supplémentaire aux U-Boot, laquelle pouvait être allongée par ravitaillement.

Puisque la Grande-Bretagne n’avait pu être vaincue et conquise au travers de la Bataille d’Angleterre, il fallait imaginer une autre stratégie pour la faire tomber tel un fruit mûr, une stratégie d’usure que les sous-marins de la Kriegsmarine pouvaient appliquer sans grandes craintes. D’après les calculs effectués par les stratèges allemands, si 750 000 t de navires de transports alliés, pour la plupart britanniques, pouvaient être coulés chaque mois en l’espace d’un an, le Royaume-Uni serait contraint à la reddition en raison de l’inévitable famine qui en résulterait. Bien que nation insulaire, comme nous l’avons vu, la Grande-Bretagne n’avait déployé que peu de moyens pour se doter d’appareils de patrouille maritime appropriés. En ce qui concernait les appareils à long rayon d’action, le haut commandement de la RAF avait donné la priorité maximale au Bomber Command, pensant que le conflit serait avant tout une affaire stratégique ou les cibles les plus importantes n’étaient autres que les industries de guerre sur le sol allemand.

 

Deux U-Boot de type VIIC, modèle le plus répandu au sein de la flotte sous-marine allemande et qui fut la cheville ouvrière de la bataille de l'Atlantique.

L’Allemagne avait débuté la guerre avec 57 sous-marins. Les stratèges de la marine allemande déterminèrent que 350 U-Boot étaient requis pour atteindre le nombre de bâtiments de transport alliés coulés, nécessaires pour mettre le Royaume-Uni à genoux. Avec l’aide du minage de certaines zones et le support de la flotte de surface, l’objectif pourrait être atteint. Contre cette flotte, la Grande-Bretagne pouvait opposer 12 cuirassés et croiseurs de bataille, 6 porte-avions, 58 croiseurs et plus de 200 destroyers et destroyers d’escorte avec des capacités anti-sous-marines ainsi que 69 sous-marins… Et les appareils du Coastal Command. Mais, en comparaison aux immenses étendues océaniques et maritimes qui allaient servir de théâtre d’opérations de cette bataille, ces effectifs alliés n’étaient pas à la hauteur, sans parler de l’emploi de ces navires dans d’autres zones de conflit qui réduisirent d’autant la capacité de riposte des bâtiments face aux U-Boot.

Un Focke-Wulf 200 Condor tel qu'il était employé au sein du KG 40. Ces appareils à long rayon d'action coulèrent des dizaines de navires marchands alliés dans l'Atlantique jusqu'en 1943, moment ou la bataille évolua en faveur des alliés. Conçu à la base comme avion de transport long-courrier, cet appareil excella dans les tâches de patrouilleur maritime et bombardier.

 

En plus de ces derniers, les Allemands disposaient d’hydravions Dornier Do-18 et Heinkel He-115, adaptés aux opérations le long des côtes occidentales d’Europe, de la mer du Nord et du golfe de Gascogne. Les longs vols au-dessus de l’Atlantique étaient le domaine de prédilection du quadrimoteur Focke-Wulf FW-200 Condor. En août 1940, soit un mois après l’installation des sous-marins de la Kriegsmarine à Lorient, le KG 40 débuta ses opérations à partir d’un aérodrome à proximité de Bordeaux. Son premier rôle reposait sur la reconnaissance, l’identification des positions et directions des convois alliés, avant leur attaque et leur bombardement. Entre août et septembre 1940, les 15 appareils du KG 40 furent responsables de la perte de 90 000 t de bateaux de transports alliés et ce n’était qu’un début car le pire était à venir.

(1) Ce qui conduira par la suite aux opérations en Norvège et à la bataille de Narvik. La Norvège permet alors de faire transiter le minerai de fer de Suède en Allemagne, lequel est indispensable à l’effort de guerre allemand. Aussi dès que la guerre est déclenchée, les franco-britanniques pensent pouvoir étouffer tout bellicisme germanique en bloquant la « route du fer ». Malheureusement les Allemands furent à la fois rapides et efficaces, après avoir conquis le Danemark qui n’opposa qu’une faible résistance, les forces d’Hitler prirent la Norvège. S’en suivit une bataille navale et terrestre -la Kriegsmarine encaissant de lourdes pertes- pour rien ou presque, puisque le déclenchement des hostilités au Sud-Ouest (Hollande, Belgique et France) fit alors considérer la route du fer comme un objectif qui n’était plus d’actualité.

Antony Angrand.


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